Samedi 18 octobre 2008
Avant de quitter cette dernière année collège, année qui grince sur ses gongs, il me faut faire un dernier détour. Tous les ans, pour la Pâques, dans la ferme d’une cousine de mon père, chez Lydie et René, toute la famille se retrouvait. Les cinq,  père, oncle et tante paternels. Conjoints de ceux là et oncle maternel. Les hôtes. Les enfants. Une grande tablée campagnarde d’une trentaine de personne. Une journée extraordinaire. Parenthèse dans l’ordinaire que ce bonheur champêtre débroussaillait. Journée ou l’on voyait les hommes couperosés, monter sur la table, et leurs femmes d'en rire! Faire la sieste dans l’herbe neuve et grasse, jouer au foot avec les enfants et pousser de grands cris de victoire ou des grands coups de ralère, et leurs femmes d'en rire! Les enfants se réinventaient sans surveillance pendant que défilaient les plats de charcuterie, de volailles diverses et autres viandes en sauce. Passé la sublime rosette (dont je n’ai jamais retrouvé le goût), l’accord parfait du pâté et du pain, nous nous envolions à tour de rôle. D’abord les petits puis les grands qui restaient, le temps de goûter la piquette. L’immense grange accolée aux communs, quelques veaux couchés dans des box sombres. Des poulaillers ouverts, autour desquels  nous « chassions » la basse-cour. Du grain sous une caisse retournée. Soulevée par une bâtonnet que nous attachions à une ficelle longue au bout de laquelle nous attendions , vaguement camouflé, le passage de poules et pintades. Sous des hangars, des machines monstrueuses avec lesquelles nous décollions vers des planètes à envahir. Des mares ou les grenouilles faisaient la grâce de sauter en colonie dans les pièges de mon frère Bernard. Suicide collectif. Cette ancienne meule ou il les dépeçait, flambeur sous les yeux dégoûtés des mioches. Ce film de mon père, la 403 familiale, de profil, bloquée dans le champ de la caméra. La porte arrière s’ouvre, en descend Annie, la petite sœur à papa, souriante, gracieuse, puis un garçon, deux , trois, moi, un cousin , un autre chacun s’avançant décontracté vers la caméra. Un oncle un cousin, puis à nouveau… ma tante, espiègle, et les mêmes qui inlassablement et de plus en plus  hilares ressortaient de cette voiture bien nommée « familiale ».  Une fois à côté de mon père filmant on contournait le champ pour revenir derrière la voiture, en catimini…Nous avons ri de le faire et des années durant de le revoir ce film !.. A côté des étables les stock de fourrage, paille foin, sur des hauteurs incroyables, ou nous nous écorchions les membres sans vergogne pour faire des cabanes, des tunnels, des cache-caches d’épouvante. Des sauts toujours plus haut, ou même les petits avaient leur minute de gloire. L’inconscience des plus jeunes précède la témérité des grands! ! ! C’est là dans un de ces nids de paille, à l’abri de la lumière trop claire du  printemps que j’ai échangé mon premier baisé. Avec Jean-lou, mon cousin. Derrière ses lunettes et ses airs de timide fils de bonne famille tant de force relationnelle. Dix ans, lui onze ? A force de frôlements, de regards, nos mains que l’on se donnait pour monter, se tirer, sauter ensemble. Là s’est semée la graine de mon amour. Nous nous sommes retrouvés cette dernière année de collège pour un mariage. Côte à côte à table dans une complicité spontanée, la même envie de se coller épaule contre épaule, de revenir dans notre paille. La transgression adolescente en plus. Nous avons fait un concours de verres de rouge. Nous n’avions trouvé que ça pour nous provoquer. Nous défier. Bien sur j’ai été mal, toute mon angoisse « qu’est ce que tu vas faire ?  Ou tu vas avec ta vie ?» est remontée de là ou je l’avais mise en sourdine. A côté du resto, au milieu du rond point, je pleurais à la place de la fontaine, les mots salés coulaient en cascade, « je ne veux plus aller à l’école, je ne veux plus aller à l’école ». La fontaine ne maitrisait plus son débit.

Mon Jean-lou à de loin en loin fait des irruptions dans les tumultes de ma vie d’adulte. à chaque fois nous nous exprimions de plus en plus ouvertement notre amour, nous avons cheminé vers cet élan premier de notre enfance. Goût de miel, sueur piquante d’enfant, odeur de paille. Des bonds de plusieurs années de silence. D’oubli. Une cabane ou notre amour en sommeil attendais, plus téméraire à chaque retour. Et puis un jour tout se dire. De loin. Laisser l’émotion contourner l’interdit, se laisser embarquer hors de nos vies respectives, loin de nos complexités.
10 Mars 200….« Je suis bouleversée, tu m’ouvres tes deux mains pour recevoir tout cet amour qui trépignait en moi depuis des semaines. Tout ? oui tout. Hier je pensais encore ne te destiner que la part éthérée. Mais c’est toute entière que je suis bouleversée, le bout de mes doigts sentent le bout de tes doigts. Mon ventre torturé, envie de danser avec toi, contre toi, tout doucement. Envie de te rejoindre là, dans l’instant. Et savoir que tu es sans doute dans le même état, à ta manière, peut-être plus retenue, mais d’autant concentré ?. Peut-être que ce soir je devine mieux cette souffrance que tu m’as cachée. «l’impossible amour». Comment ai-je pu occulter ça toutes ces années ? Car il s’agit bien de ça. Quelque chose qui était là, qui existait totalement, dont on avait déjà parlé, qui pour moi, s’exprimait malgré les barrières que nous mettions entre nous. Et tout d’un coup le miroir  face au silence. Quelqu’un m’aime et je suis d'accord ! Relève surtout le « je suis d’accord » !J’ai en deux jours jeté les obstacles que je met habituellement entre moi et l’autre. Que. va t-on faire de cette montagne ?  Combien je suis fière de t’aimer.
Dans la journée je me suis demandée si c’est le passé que j’aimais, que tu aimais. Mais non, je suis enfin la femme que tu devinais. Toi l’homme que je devinais. T’aimer :jusqu'à la chair, la peau. Je t’aime entièrement. Tu m’autorises à tout dire! J’aime ton esprit, ta sensibilité, ton serieux, moi la bohémienne. J’aime tes hésitations quand tu parles, ce que tu retiens, ce que tu lâches, sur une corde raide. La peur de tomber qui est toujours entre tes mots. J’aime ta présence, même quand tu es si loin. Le souvenir palpable de ta main dans la mienne mais surtout j’aime ton amour qui vient de libérer le mien. Il ne m’effraie pas. Cette montagne que nous avons enfin oser escalader. Une belle montagne ou nous respirons le parfum de la vie. Si franc. « Tu es la première femme à avoir habité mon cœur et aucune autre ne peut occuper cet endroit. A l’infini » Tu m’as écrit ces mots il y a plusieurs années. Je n’étais pas prête à comprendre. Aujourd’hui ils sont miens et je t’offre mon acceptation"
Octobre 2008".... Tu m'as donné le goût et le courage d'exprimer librement mon amour. Oser dire "mon amour". Comme c'est précieux aujourd'hui. Nous avons repris place dans nos vies respectives!! Tu m'as aidée à libérer ce coeur que je tenais en laisse. Sans doute parce que je préssentais ou il voulait courir! C'est dailleurs ce qu'il à fait. Chien fou! Ta petite cousine."
Par Saïseki - Publié dans : lecture
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